Architecture Centralisée vs. Architecture Distribuée

Laurent POULAIN


Retour au Sommaire On assiste dans le monde de l'informatique depuis longtemps déjà à un combat éternel entre deux types d'architectures: celle dite centralisée et celle dite distribuée. Mais au-dela des aspects techniques, on s'aperçoit bien vite qu'il se profile derrière ce combat une querelle d'ordre stratégique.

Comparaison des deux architectures

Mais comparons d'abord les deux architectures:

  • L'architecture centralisée consiste en un noyau central fort autour duquel tous les périphériques sont regroupés (ou centralisées). Ce noyau central prends la plupart des actions. L'avantage est une facilité d'administration.
  • L'architecture distribuée, elle, prône un noyau central faible, et une plus grande autonomie des périphériques. Cette architecture a l'avantage de permettre une plus grande souplesse.

Grossièrement, l'architecture centralisée prône un noyau central alors que l'architecture distribuée en prône plusieurs, voire le plus possible (il est rarement possible de pouvoir avoir une distribution complètement uniforme de l'importance).

Le coût de l'une ou l'autre architecture varie suivant le domaine. En règle générale, si les périphériques ne sont pas utilisés à plein temps (par exemple, une imprimante), l'architecture centralisée est plus économique (car on économise en se basant sur le fait que tous les périphériques ne seront jamais tous utilisés en même temps). Dans le cas contraire (carte vidéo, réseau de PC), c'est l'architecture distribuée la plus économique (un gros ordinateur coûte plus cher que 10 petits ordinateurs 10 fois moins puissants).


Le choix d'une architecture est avant tout politique

Mais lorsqu'une architecture est crée, le choix de la topologie utilisée est tout sauf innocent. En effet, la stratégie intervient souvent plus que les aspects techniques.

En fin de compte, il apparait la plupart du temps que les architectures distribuées sont crées par un groupe d'organismes, alors que les architectures centralisées sont crées par des compagnies. Pour s'en convaincre, passons en revue des exemples courant d'architectures:

  • Le PC est une architecture qui s'est petit à petit distribuée, avec des périphériques de plus en plus spécialisés (cartes graphiques avec fonctions 3D pré-câblées, ...). Intel essaie d'inverser cette tendance avec la technologie MMX et de recentraliser le PC autour du processeur.
  • Internet est un réseau à architecture distribuée, alors que le Minitel (qui a été crée par une volonté de l'Etat français) est un réseau à architecture centralisée.
  • Les mainframes d'IBM utilisent une architecture centralisée.
  • Pour faire face aux problèmes d'administration des réseaux de PC (réseaux en architecture distribuée due à une croissance non contrôlée du nombre de PC dans l'entreprise), toutes les compagnies prônent un retour à une architecture plus ou moins centralisée.

Même si, parfois, des compagnies semblent promouvoir une architecture distribuée, le centralisé n'est pas souvent loin, comme le montrent les exemples suivants:

  • Sun, qui prône l'utilisation de son langage star Java, n'oublie pas le serveur. Selon une phrase de Scott McNealy, PDG de Sun, "un terminal Java n'est qu'une petite partie de la solution. Il faut un serveur, ..."
  • Si Microsoft et Intel avec leur NetPC ne s'éloignent pas trop de l'architecture distribuée d'un réseau de PC (après tout, un PC leur rapporterait plus que des NC), on remarque quand même une centralisation au niveau de l'installation de logiciels et une montée en importance du serveur, marché critique où Microsoft et Intel vendent leurs produits haut de gamme.

Finalement, voici l'exception qui confirme la règle:

  • Afin de permettre de marier les gros débits d'ATM et l'intelligence de l'IP routing, plusieurs normes ont été crées. L'une d'elles, IP Switching, est une architecture centralisée autour du switch ATM. Cisco propose également sa propre norme, tag switching, ayant elle une architecture distribuée (distribuant les tâches entre le switch ATM et le routeur).

Dans tous les exemples cités, que remarque-t-on? Que les compagnies proposent des normes centrées autour de leur marché-phare. Pas étonnant! Cela permet en effet:

  • d'assurer à ce marché d'être important (pour ne pas dire indispensable),
  • d'augmenter le taux de remplacement sur ce marché ("si vous désirez profiter des bénéfices de cette nouvelle norme, achetez donc notre dernier modèle),
  • de prendre de l'avance sur les concurrents, en préparant dés à présent une gamme de produits supportant la nouvelle norme.

Et une entreprise crée bien souvent une norme prônant une architecture centralisée car sa vision même du marché est centralisée. En effet, toutes les grosses compagnies d'informatiques ont historiquement commencé par un marché bien délimité, et se sont ensuite étendues à partir de ce marché. Ainsi, Microsoft a commencé avec la plate-forme logicielle puis s'est étendu à d'autres marchés tels la bureautique. Intel a lui commencé avec le micro-processeur, puis s'est attaqué à la carte-mère, et maintenant vise le marché des cartes graphiques. Sun s'est étendu autour des machines serveurs, tout comme Oracle avec les bases de données. Dans la plupart des cas, leur vision du marché est donc focalisée autour de ce marché historique.

A l'inverse, les architectures distribuées ont tendances à être crées par plusieurs compagnies, chacune d'elles s'étant spécialisée sur une partie précise de l'architecture, comme cela s'est passé pour le PC.


Conclusion

Une fois de plus, là où l'on espérerait que les normes soient définies pour le bien de tous, on s'aperçoit qu'elles font partie d'un plan de bataille bien défini. Mais est-ce seulement limité au domaine de l'informatique?