Le PDG ne fait pas le moine

Laurent POULAIN


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Introduction

Nous nous représentons parfois une entreprise par l'image que nous avons de son PDG. Bill Gates représente Microsoft, Lou Gestner représente IBM et Scott McNealy représente Sun. Mais cette assimilation inconsciente résulte parfois plus d'une opération médiatique que de l'attrait pour la personnalité du PDG. Prenons quelques exemples.

Microsoft

On ne parle pas du géant de Redmond sans parler de son multimilliardaire de PDG, à savoir Bill Gates. Tout le monde a entendu parler de cet homme qui possède la plus grosse fortune mondiale (fortunes héritées exclues), qui est reçu à l'Elysées avec les honneurs d'un chef d'état et qui fait régulièrement la une de pratiquement tous les journaux (presse non informatique comprise).

Mais alors que Bill Gates est une personne clé de Microsoft à tel point que beaucoup de gens pensent que le numéro un du logiciel ne s'en relèverait pas si Bill venait à décéder, le grand public oublie un homme caché dans l'ombre de Bill Gates, le numéro deux de Microsoft, Steve Ballmer.

Alors que Bill Gates est réputé pour identifier les marchés clé, c'est Steve Ballmer qui s'occupe de les conquérir. Et si Bill donne l'air sage et studieux, Steve est quelqu'un de féroce, à tel point qu'on le surnomme le vice-président le plus cher du monde (pour le nombre d'egos à reconstruire après son passage). Certaines personnes pensent même que c'est Steve le véritable patron de Microsoft.

Oracle

A l'opposé de Bill Gates se trouve le tumultueux Larry Ellison, grand manitou du géant des bases de données Oracle et grand ennemi de Microsoft devant l'éternel. Larry arrive également à bien faire parler de lui. Outre ses nombreuses prestations autour d'Oracle Universal Server, du fameux Network Computer, son annonce récente d'un éventuel rachat d'Apple a défrayé la chronique.

En fait, Ellison fait partie à 100% du marketing d'Oracle, et n'est d'ailleurs rien d'autre que ca! Cela fait déjà plusieurs années que Larry ne tient plus les rennes du géant des bases de données. Et pour cause: après une gestion des plus catastrophiques, Oracle n'a du sa survie qu'à un de ses partenaires qui a accepté de mettre plusieurs milliards sur la table pour stopper la chute de l'action d'Oracle. Du coup, on le laisse parader sur ses sujets favoris, sujets qui n'ont rien à voir avec ce qui permet à Oracle de gagner sa croûte: son marché traditionnel, à savoir les bases de données [non multimédia, s'entend]. Mais les sujets tous fort brûlants et controversés que soulève Larry permettent de faire parler d'Oracle jusque dans la presse non informatique.

Walt Disney

Enfin, la Walt Disney Company est un cas spécial, dans la mesure où on a l'impression que son PDG n'est autre que Mickey Mouse. Aucun nom de PDG n'est mis en avant (sauf pour les connaisseurs) et à chaque fois que Disney est présent quelque part, il signe son passage par son emblème phare. Il est vrai que cette sympathique souris a tout pour faire une bonne affiche, et offre l'avantage de pouvoir être manipulée à sa guise.

Mais Mickey Mouse ne donne pas que dans le dessin animé. On savait déjà qu'il s'intéressait à tout ce qui y est lié (parcs d'attractions, chaîne câblée de dessins animés, jeux vidéo, ...). De même, on se doutait que la petite souris était à la tête d'un empire financier digne de Picsou. Mais ce que l'on sait beaucoup moins, c'est que Mickey coiffe également la casquette de directeur d'une chaîne de télévision on ne peut plus sérieuse (la chaîne américaine ABC), et également d'apprenti opérateur télécom. Walt Disney s'est associé avec les opérateurs télécom américains Ameritech, BellSouth, GTE et SBC (ancien SouthWestern Bell) pour fonder la joint-venture Americast.

Finalement, on se rend compte que la petite souris est dotée d'un appétit féroce et ne cherche pas qu'à plaire aux enfants.