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Les solutions alternatives, révélatrices d'un malaiseLaurent POULAIN |
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"Et on l'écouta non pas
parce qu'il avait raison mais parce qu'il était
Premier Vizir"
Depuis longtemps l'informatique possède, à côté de la solution presque officielle, des solutions alternatives qui se proposent de remplacer celle-ci et promettant un monde meilleur. Mais la plupart du temps ces solutions alternatives ne prennent qu'une ampleur limitée, seule une infime partie des utilisateurs les suivant. Les raisons sont nombreuses, la principale étant certainement le manque de crédibilité qu'on veuille bien leur accorder. Mais le but ici n'est pas de débattre du bien fondé de cette réalité mais de considérer les solutions alternatives d'un autre point de vue: indicateur d'un malaise. Car même si elle ne perce pas, une solution alternative n'apparaît pas sans raison. Les solutions anti-MicrosoftCe n'est un secret pour (presque) personne: Microsoft est loin de concevoir les meilleurs logiciels du monde (d'un point de vue technique s'entend) et nombreuses sont les solutions alternatives destinées à remplacer Windows. De l'Amiga au BeBox en passant par l'ARM ou l'Hades, voici quelques exemples. LinuxL'histoire de Linux est tout sauf banale: un étudiant finlandais, Linus Torsvald, en ayant eu assez de MS-DOS se décida un jour d'écrire son propre système d'exploitation pour son PC 386. Il créa alors les bases de Linux, un système d'exploitation 32 bits digne de ce nom pouvant tenir sur une simple disquette (sans le mode graphique toutefois). L'histoire aurait pu s'arrêter là mais Internet arriva à point nommé pour créer le mythe Linux: comme créer un système d'exploitation complet demande une quantité de travail colossale (ne serait-ce qu'écrire les drivers pour les centaines de périphériques existants relève du cauchemar), ce furent des centaines de développeurs de par le monde - qui ne se sont jamais rencontrés physiquement - qui s'en chargèrent. Cette aventure peu commune fait figure de symbole pour une partie de la communauté informatique: pour eux, Linux représente le nain David terrassant le géant Microsoft assoiffé d'argent. Car Linux n'est pas seulement un produit demandant un PC nettement moins puissant que Windows - tout en offrant les mêmes possibilités - il est également gratuit, contrastant avec les désirs honteusement mercantiles du géant de Redmond (l'activité commerciale étant honnie par de nombreux informaticiens). Mais Linux a beau être d'un point de vue technique un excellent système d'exploitation, il reste réservé aux informaticiens car beaucoup trop difficile à utiliser pour le commun des utilisateurs. De même, la sacro-sainte compatibilité avec Windows reste très réduite et vous n'aurez aucune chance de faire tourner le dernier traitement de texte de Microsoft sous Linux. Même parmi les utilisateurs de PC sympathisant de Linux, très peu abandonnent Windows. Pourquoi? Faites donc un test: prenez un panel d'utilisateurs [excédés] des produits Microsoft et proposez leur là-tout-de-suite-maintenant de mettre à la poubelle leur tandem Windows / Office et de le remplacer par Linux / StarOffice. Bien peu accepteront, certains essayant de trouver de fausses excuses ("mais dans mon cas à moi ce n'est pas possible car au travail on utilise un logiciel particulier. Ca me désole mais c'est comme ca"). Mais même si vous ne désirez pas passer à Linux il n'est pas inutile de garder un oeil dessus. Car les informaticiens ont beau être parfois assez incompréhensibles dans leurs propos ("en quoi est-ce mal de ne pas avoir un programme réellement 32 bits?" se demande l'utilisateur lambda "Ca marche, pourtant?"), beaucoup ne détestent pas Windows par pur snobisme et le fait qu'une véritable communauté Linux s'est développée est révélatrice des exagérations du géant de Redmond. Car quand on voit les ressources demandées par Linux, on se dit que certains se moquent vraiment du monde (suivez mon regard). C'est en observant des produits comme Linux qu'on se dit que si la prochaine version de Windows risque d'être "un peu plus gourmande en mémoire", c'est moins du fait de la "toute dernière technologie qui est incluse" que d'un manque d'optimisation (lire à ce sujet Les applications légères, une future mode?). Le Network ComputerLe Network Computer ou NC se propose non pas de remplacer Windows à l'instar de Linux mais ni plus ni moins remplacer les PC eux-mêmes. Vantant les mérites d'une approche Web + Java où les applications écrites en Java sont téléchargées sur le poste client, les promoteurs du Network Computer affirment détenir LA solution pour mettre un frein au renouvellement sans cesse plus rapide des PC ainsi qu'à leur coûteuse maintenance. Le NC est l'une des rares solutions alternatives aux allures "sérieuses". Mais ce fait n'est pas totalement dû au hasard, car être parrainé par de prestigieuses compagnies telles qu'Oracle aide grandement. Mais là encore, si tout le monde parle du NC personne ou presque ne le met en pratique. La raison principale est une fois de plus la même: l'existant a beau avoir tous les défauts du monde, on ne peut l'ignorer. Mais il existe également d'autres raisons. L'une d'entre elles est que le NC est moins un produit informatique que marketing. Car le but principal de l'opération Network Computer est de se faire un gigantesque coup de publicité. Le NC n'est pas utilisé? Mais cela n'a jamais été son but et d'un certain sens il vaut mieux qu'il ne soit jamais! Oracle ne gagnant pas d'argent directement dessus (qui peut le faire avec un prix de $500), l'important est qu'on parle du NC ... donc d'Oracle. Pour le reste, il est beaucoup plus facile d'entretenir un rêve inaccessible qu'un mythe réel pas si révolutionnaire que ca. Mais si le NC n'est qu'un pur outil marketing, il est intéressant de se pencher sur les raisons qui ont fait tant couler d'encre autour de si peu. Le succès médiatique du Network Computer tient au seul fait que bien qu'il propose les mauvaises solutions il soulève les bonnes questions: le cauchemar d'administrer un parc de PC et le taux d'obsolescence de plus en plus rapide de ceux-ci (lire à ce sujet Fuite en avant de la micro-informatique). La presse alternativeLa presse informatique alternative n'est pas nouvelle. Le plus souvent créées par des jeunes, certaines publications arrivent à dépasser le stade du fanzine pour se trouver dans les kiosques à côté des revues "officielles". L'exemple le plus célèbre en France est sans doute Hebdogiciel, qui a défrayé la chronique dans les années 80 en tirant à boulet rouge sur tous les excès de l'informatique grand public de l'époque. Alors que la presse traditionnelle était assez complaisante avec beaucoup trop de micro-ordinateurs (et en particulier les micro-ordinateurs français), Hebdogiciel s'est amusé à tirer sur tout ce qui bougeait à grand coup d'articles décapants et de dessins de Carali. Ce magazine n'a pas hésité à faire des couvertures un rien provocantes (avec des titres comme "Oh putain le graphisme!" ou "Commodore nous prend pour des cons"). A tel point qu'ils se sont pris procès sur procès, particulièrement par Amstrad, son PDG n'ayant certainement pas apprécié faire la couverture avec un nez et des oreilles de Mickey. Mais si Hebdogiciel a jeté l'éponge il y a maintenant plusieurs années, on a vu apparaître depuis plusieurs moins ses dignes héritiers dans des revues telles que le Virus Informatique (http://www.acbm.com, disponible en kiosque) et Net Exit (http://www.netexit.com). Le Virus, sorte de canard enchaîné de l'informatique, a pour vocation de dénoncer les divers scandales de l'informatique alors que Net Exit est beaucoup plus orienté test de jeux et de matériel (carte son, joysticks, ...). Les deux journaux ont pour têtes de turc communes Microsoft et France Télécom et affichent fièrement une indépendance totale vis-à-vis de la publicité. Seulement voilà: le problème de ces journaux ne se situe pas au niveau du fond mais à celui de la forme (voir citation a début de ce dossier) et on ne peut prétendre à être un magazine "sérieux" quand on n'a pas une jolie couverture toute en couleurs et un bon demi-centimètre d'épaisseur - même dans le monde du grand public. De plus, leur côté intégriste anti-Microsoft et anti-France Télécom leur enlève une bonne part de crédibilité. Finalement, la vulgarité (autant dans leurs articles que par les dessins) n'arrange rien. Mais qu'on aime ou qu'on n'aime pas cette presse est révélatrice d'un malaise de la presse traditionnelle (et particulièrement de la presse grand public). Si le Virus arrive à tirer à 50.000 exemplaires ce n'est pas pour rien: nombreux sont les lecteurs qui aiment dans ce magazine le style qui change - enfin - de la langue de bois habituelle, celle qui annonce des révolutions à tour de bras et des titres plus racoleurs les uns que les autres. Même constat pour Net Exit: alors que les magazines de tests de jeux encensent toujours plus les nouveautés des grands éditeurs (avec des notes descendant rarement en dessous de 95%) et annoncent le "jeu du siècle" tous les deux mois, les tests de Net Exit sont généralement nettement moins favorables et n'hésitent pas à descendre en flamme les jeux star des gros éditeurs. ConclusionSi demain vous tombez sur une solution alternative - une de plus - et qu'elle vous paraît - une fois encore - peu sérieuse, peu crédible et toute droit sortie du cerveau d'adolescents boutonneux, jetez-y quand même un coup d'oeil. Car bien souvent les solutions alternatives sont les seuls endroits où vous pourrez trouver ce qui ne tourne pas rond dans les solutions officielles. |