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Introduction
Internet est à l'heure actuelle comparé
à la ruée vers l'or des temps moderne. Et
tout le monde (dans l'informatique, du moins) se rue sur
le filon, persuadé d'y trouver fortune. Aux
Etats-Unis, les entreprises ayant leur sites Web sont de
plus en plus nombreuses, si bien qu'il n'est pas possible
de regarder un spot télévisé sans
tomber sur une adresse Web.
Mais avant de continuer plus loin, il faut d'abords
différentier deux types majeurs d'acteurs: le
contenant et le contenu.
Le Contenant
Le contenant regroupe tout ceux qui fournissent les
outils ou les services permettant de publier ses pages
Web. Cela regroupe l'industrie du logiciel, les
fabricants d'ordinateurs, les opérateur
télécom, etc... Dans l'histoire, le monde
de l'informatique sera de toute façon gagnant
(peut-être pas tout le monde, mais globalement
gagnant). En effet, si un site Web fait faillite, il y a
quand même du matériel qui a
été acheté, ainsi que les logiciels
qui vont avec, le service, etc... Le seul problème
est que tout le monde s'y met, alors que le marché
du contenu n'a pas encore explosé.
Parmi le contenant, on peut différentier:
- Les opérateurs télécom: ceux
ci doivent se mettre à l'heure d'Internet.
En effet, Internet concurrence dangereusement les
communications longue distance.
- Les anciens acteurs informatique: géant
d'un autre secteur, Internet est une bonne
manière d'avoir une croissance, de plus en
plus difficile dans leur secteur traditionnel.
- Les nouveaux acteurs informatiques: ils ont
l'occasion de se faire un nom et peut-être
de devenir un géant de demain. Les
prérequis (certains étant aussi
valables pour les anciens acteurs informatiques)
sont:
- Se trouver une niche (ex: CISCO)
- Arriver le premier (ex: Netscape)
- Eviter de s'attaquer aux gros, à
moins d'être technologiquement
à la pointe (ce n'est plus le cas
pour Netscape)
- Etre flexible, prêt à
bouleverser sa politique très
rapidement (comme l'a très bien
fait Microsoft, et comme l'a moins bien
fait Netscape en supportant tardivement
ActiveX)
- S'allier avec des puissants partenaires
venant d'un autre secteur (ex: Microsoft
avec BT/MCI, Netscape avec Oracle et
Sun).
Le Contenu
Le contenu regroupe ceux qui peuplent le Web. C'est
à l'heure actuelle le contenu qui a le plus de mal
à voir comment gagner son pain. Cependant, il est
tout à fait possible dans ce secteur de trouver un
filon (aux Etats-Unis, du moins).
Internet vs Minitel: Un Problème
Franco-Français
Une des raisons du faible impact d'Internet en France
auprès des professionnels tient en un mot:
Minitel. En effet, les éditeurs de services
Minitel préfèrent rester sur leur
créneau, encore bien plus lucratif.
Ainsi, AGL, numéro 1 des éditeurs de
service Minitel, est conscient du développement
d'Internet. Mais la base installée de quelques 2
millions de Minitels, ainsi que la facilité de
gagner de l'argent par ce média fait qu'AGL
regarde encore frileusement du côté
d'Internet, avec ses quelques dizaines de milliers
d'abonnés français et aucun moyen
automatique de gagner de l'argent (note: la politique
d'AGL a peut-être changée depuis que je me
suis entretenu avec le PDG de cette
société, en Juillet 1996).
Le problème est qu'à l'heure actuelle,
peu de monde n'investit dans la création de
services Internet, si bien que beaucoup risquent de se
trouver fort démuni quand Internet explosera enfin
en France.
Les Sites Web qui Marchent
D'après une étude d'ActivMedia (Juin
1996) portant sur 1100 sites Web commerciaux, 31% des
sites se déclaraient rentables, et 28% rentables
dans les 1 ou 2 ans à venir, ce qui n'est pas si
mal quand on regarde la façon encore artisanale.
En général, un site Web est
déficitaire les 6 premiers mois / 1ere
année.
Les Secteurs
Il existe principalement 4 possibilités de se
faire de l'argent sur Internet. Si les chiffres sont
encore loin de donner le vertige, ils sont tous une
croissance exceptionnelle:
- La publicité: 43 M$ en 1995 (contre 32,4
milliards de dollars pour les spots TV aux
Etats-Unis), 312 M$ en 1996.
- La vente par correspondance: de $350 M$ à
1.200 M$ en 1996, selon les estimations (à
comparer aux quelques 1000 milliards de $ pour la
vente normale).
- Information payante, abonnement: de 120 M$ 966 M$
en 1996, toujours selon les estimations.
- Valeur ajoutée à un service ou
produit traditionnel. Par exemple, Federal
Express propose de regarder sur le Web en temps
réel où se trouve un colis
envoyé. Si le site n'est pas en
lui-même rentable, il apporte une valeur
ajoutée au service que propose FedEx.
Cependant, il faut toujours regarder avec un certain
recul les chiffres, et encore plus les prévisions.
En effet, nombreux sont les organismes pourtant on en
peut plus sérieux qui ont révisé
à la baisse leur prévisions, et ce
jusqu'à trois fois en un année. Toute
prévision dépassant l'année est donc
à prendre avec la plus grande perplexité.
La Publicité
La publicité est le moyen le plus facile
à mettre en uvre, techniquement parlant. Le
principe est de proposer un contenu attractif, afin
d'attirer le plus de trafic possible, et donc
intéresser les annonceurs. "La pub est en
train de la vente. Les frontières entre la
publicité, le marketing et la vente vont
disparaître. Internet est en train de devenir un
réseau de distribution" affirme Russel
Collins, président de Fattal & Collins faisant
partie de Grey Advertising Inc.
Des exemples de sites qui marchent
- GolfWeb:
magazine Web dédié au golf (35.000
pages, 19.000 parcours décrits).
Grandement payé par la publicité
(Bank of America, Lexus, Buick, Callaway golf),
avec $30 à $40 pour 1000 hits. Le CA 96
est de $400.000.
A côté de ca, GolfWeb propose des
services payants. Virtual Proshop compte
rapporter $100.000 par an (en 2 mois, il rapporte
dèjà 20% du CA). Début 1997
GolfWeb compte sortir des services divers. Le CA
97 est estimé à 4 M$ (35%
publicité, 40% services/abonnements, 25%
ventes).
- CNN Interactive:
ce site est passé de 3 millions de
visiteurs par semaine à 9 millions en 5
mois. "Le CA et le nombre de publicitaires
ont explosé depuis" dit Daniel Stone,
vice-président de Turner Broadcasting Inc.
Les particularités du secteur
- La publicité rapporte de l'argent en
fonction du nombre de hits (c'est à dire
du nombre de fois où l'image de la pub
aura été
téléchargée).
- Les prix varient entre $30 et $100 pour 1000
hits, suivant que le public soit ciblé ou
non. Ici, l'internationalisation est un
phénomène plutôt
contraignant. Mieux vaut cibler son public
plutôt que de faire du marché de
masse. ZDnet, pour qui c'est le cas, peut se
permettre d'empocher $100 pour 1000 hits. Yahoo!,
n'ayant pas cette chance, se diversifie et donc
peut espérer attirer des annonceurs
étrangers.
- Vivre uniquement de la publicité n'est pas
facile, car elle est souvent insuffisante pour
être la seule source de revenu.
Les plus gros sites de publicité sont:
| Sites |
Revenus 2e quarter
1996 (M$)
|
| Netscape |
7.75
|
| Infoseek |
3.79
|
| Yahoo! |
3.70
|
| Lycos |
2.55
|
| Excite |
2.39
|
| Cent |
2.08
|
| ZDNet |
2.07
|
| NewsPage |
1.40
|
| ESPNet Sportzone |
1.34
|
| WebCrawler |
1.23
|
Sources : Jupiter Communications
A noter que si Netscape affiche un des plus gros
revenus de publicité, c'est tout simplement parce
que son browser Web charge dés son
démarrage les pages du site Web de Netscape.
Même en livrant gratuitement son browser Web,
Netscape peut se faire de l'argent!
La Vente Par Correspondance (VPC)
La VPC peut s'intégrer particulièrement
bien à Internet. Le monde de l'informatique
s'intéresse de très prêt à ce
secteur en plein boum, sa solution de E-commerce en guise
de couteau entre les dents.
Les Sites Web de VPC qui marchent
- CDnow Inc.:
cette société vend des CD de Jazz
(tout ceux trouvables aux Etats-Unis plus 20.000
importations) et contacte ensuite les
distributeurs qui livrent la plupart du temps en
24H. Le CA 1995 s'élève à 2
M$ (publicité comprise), et à 6 M$
en 1996. CDnow Inc. prends une marge de 18%, et a
une croissance actuelle de 10% à 15% par
mois.
- Auto-By-Tel
propose de la vente ou location de
véhicule. Pour un prix mensuel de $250
à $1500, des concessionnaires (1400
à l'heure actuelle) peuvent avoir la liste
des personnes désirant acheter une
voiture. Le CA 96 est de 6,5 M$.
- ONSALE: ce
site propose des enchères de
matériel informatique ou autre, en
utilisant le paiement sécurisé. Le
site vit grâce à une marge de 10%
à 20% sur les transactions.
- Amazon.com
est une librairie virtuelle proposant quelque 1,1
millions d'ouvrages (5 fois plus que les plus
gros magasins). En plus d'offrir une offre
impressionnante, Amazon.com a crée sur son
site une ambiance de communauté, où
les auteurs peuvent laisser des commentaires sur
leurs livres, où les clients peuvent
discuter entre eux. Le CA 1996 est de 17 M$.
Les particularités du secteur
- La VPC sur le Web demande un investissement
minimum: un site Web coûte bien moins cher
que la location d'un magasin. On remarque que
dans les cas précédemment
cités, les entreprises ne vendent rien
directement. Elles se contentent de mettre en
contact les acheteurs et les vendeurs et
évitent les cauchemars liés au
stock ou à l'inventaire.
- Une petite entreprise touche autant de monde
qu'une grosse: pas besoin d'avoir des succursales
aux 4 coins du monde, un seul site Web suffit.
- La VPC sur le Web ne concerne pas tous les types
de produits. Seuls les produits que l'on n'a pas
besoin de "tester" se vendent
correctement. Les ordinateurs, les CD ou les
livres sont produits qui se vendent le mieux.
- Un site de VPC doit utiliser les
particularités du Web pour proposer
quelque chose que les revendeurs traditionnels ne
peuvent fournir. Outre un catalogue
phénoménal, Amazon.com propose des
possibilités que peuvent difficilement
proposer les librairies traditionnelles (discuter
avec des milliers de lecteurs dans le monde, il
faut le faire). Retranscrire purement et
simplement un catalogue papier sur le Web ne
suffit pas, car un catalogue des 3 suisses reste
nettement plus pratique que sa copie conforme sur
le Web.
L'Information Payante
L'information payante se heurte à la culture
Internet qui veut que l'information soit gratuite. Elle
offre en outre des problèmes:
- La possibilité de fraude: il est
très facile de se mettre à
plusieurs et ne payer qu'un abonnement.
- L'explosion d'Internet est peut-être due au
fait que c'est gratuit.
Mais certains sites marchent quand même.
Des sites Web proposant de l'information payante
- Quote.com Inc.
fournit gratuitement sur son site des
données financières après un
certain temps. Un abonnement (de $10 à $42
par mois) permet d'avoir accès à
des analyses financières. Le CA est de
$73.000 par mois. Quote.com a fait appel à
la pub et compte avoir un CA annuel de 4 M$ en
1997.
- Infoseek:
Site au début payant ($10 par mois), sans
même de publicité, Infoseek est
devenu par la suite gratuit du fait du manque de
succès. Cependant, les
propriétaires ce site espèrent
quand même faire payer son public pour des
données à forte valeur. En
attendant, les publicités ont
rapporté 1 M$ en 1995 et 5 M$ pour la
première moitié de 1996. Infoseek
compte plus devenir un intermédiaire grand
public/VPC plutôt qu'un engin de recherche.
Les caractéristiques du secteur
- Une information payante ne peut marcher que si
elle est de valeur. On ne retrouve plus l'esprit
Minitel où l'on paye même pour
connaître les horaires cinéma.
- L'information payante est sans doute à
l'heure actuelle la forme la plus difficile de
gagner de l'argent sur Internet. Son avenir
dépend de l'évolution des
mentalités sur le Web.
Les règles à ne pas oublier
- Savoir cibler son public: Qu'il s'agisse de la
publicité, de la VPC ou de l'information
payante, un site Web visant un public très
particulier a beaucoup plus de chances de marcher
qu'un site Web trop généraliste. La
VPC est peut-être le secteur où le
besoin de cibler son public se fait le moins
sentir.
- De belles pages ne signifient pas plein
d'audience: Un page bourrée d'images met
plus de temps à se charger, et risque de
fatiguer l'utilisateur.
- Savoir s'adapter rapidement: Internet
évolue rapidement. Il faut savoir
évoluer avec lui, quitte à
complètement bouleverser sa
stratégie.
- Additionner les divers moyens de financement: une
bonne solution peut être parfois d'utiliser
plusieurs moyens de financement (publicité
+ information payante, par exemple). Par contre,
mieux vaut passer de l'information payante
à la publicité que l'inverse. En
effet, dans ce dernier cas, le supplément
gagné par l'information payante peut
être perdu par une diminution du nombre de
visiteurs, donc des revenus publicitaires.
Conclusion
On compare souvent Internet à une ruée
vers l'or, bien que ca ressemble plus à une
ruée vers l'ouest. Cependant, ce qui se sont
enrichit dans cette histoire ne furent ni les chercheurs
d'or, ni les cow-boys ou les fermiers (ou très
peu) mais les vendeurs de barbelés. Et les
fidèles du Minitel (c'est à dire les
professionnels du Minitel) sont partit pour être
les indiens des autoroutes de l'informations.
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