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A l'intérieur de MicrosoftRessourcesLaurent POULAIN |
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Ressources |
Les ressources d'une entreprise représentent
ce qu'une entreprise sait faire. Comment
transforme-t-elle le mieux les ressources
matérielles? Sait-elle faire des produits
très compétitifs, sait-elle les vendre,
sait-elle parler à tel ou tel type d'interlocuteur
(les clients d'un certain secteur ou des partenaires)?
Savoir se placerConséquence de sa culture de l'argent, Microsoft sait changer ses habitudes extrêmement rapidement si besoin est (besoin d'ordre financier, cela va sans dire). En effet, le géant de Redmond n'étant pas particulièrement attaché à une stratégie marketing particulière ni à un secteur économique donné, il est capable d'analyser froidement la situation et de se remettre en cause si besoin est. Il n'est attaché qu'à une chose: l'argent. Le numéro un du logiciel se comporte comme un mercenaire face à la technique (qu'elle soit marketing, informatique ou commerciale): il utilise celle qu'il estime être la plus prometteuse. Si cette culture peut avoir des inconvénients, elle est avant tout un avantage énorme et est la principale ressource dont a utilisé Microsoft pour être ce qu'il est aujourd'hui, comme nous allons le voir par la suite (se reporter au chapitre Quand le géant passe à l'action). Une contre-ressource: une incapacité techniqueUne conséquence plus néfaste de sa culture de l'argent est le manque d'intérêt dans un secteur en particulier, entraînant une non-spécialité d'un point de vue technique. Autrement dit, Microsoft ne sait fondamentalement pas faire grand-chose techniquement parlant! Ceci s'explique par le fait que pour Microsoft faire un produit qui soit techniquement abouti n'est pas une priorité et est nettement moins important que de le mettre sur le marché. Car il ne suffit pas de recruter des centaines d'excellents programmeurs pour faire un bon produit (1), encore faut-il leur donner les moyens, que ce soit en matière de contraintes de temps ou de fonctionnalités contradictoires. Avec des moyens démesurés, Microsoft a toutes les difficultés du monde à fournir un système d'exploitation dont la stabilité commence à être comparable à celle d'Unix, la première version de celui-ci remontant à ... 1969! Un exemple typique est Windows NT. Si la première version (NT 3.1) était le coup d'essai, NT 3.5 fut la version la plus aboutie techniquement. Mais depuis que Microsoft a réussi à braquer les projecteurs sur NT, le naturel reprend le dessus et NT 4.0 est devenu plus lourd et moins stable - tout simplement parce que Redmond a voulu ajouter tout un tas de fonctionnalités dont certaines améliorent les performances graphiques au détriment de la stabilité. Quant à NT 5.0 qui est destiné marquer le regroupement final entre Windows 9x et NT, il est partit pour être une usine à gaz. Microsoft annonce en effet près de 30 millions de lignes de code face aux 10 millions de NT 4.0 (il n'y a franchement pas de quoi s'en vanter, au contraire!), 80% du code réécrit, et des fonctionnalités encore plus contradictoires (2). Afin de remédier à cette lacune, Microsoft a développé deux ressources qui lui sont vitales: savoir exploiter la technologie des autres et savoir parler à l'utilisateur. Savoir exploiter la technologie des autresQuand on ne sait pas faire des très bons produits, il est impératif de savoir compenser. Une manière est de récupérer la technologie des autres compagnies. C'est à quoi s'est employé le numéro un du logiciel depuis fort longtemps, et ce de plusieurs manières:
Savoir parler à l'utilisateurExploiter les technologies des autres est une chose, mais cela ne suffit pas toujours, surtout quand la copie n'arrive pas à atteindre le niveau de l'original. C'est là où intervient la deuxième ressource que le géant de Redmond a réussi à développer avec le temps: un savoir faire unique pour ce qui est de parler à l'utilisateur final - et de le convaincre. Microsoft possède en effet un extraordinaire talent marketing, utilisant notamment la popularité de son PDG et cofondateur (lire à ce sujet Le PDG ne fait pas le moine). La manière dont Microsoft a vendu Windows 95 est époustouflante. Alors que celui-ci n'était en fait qu'un pâle essai pour rattraper le retard sur le Macintosh et l'aveu implicite de la supériorité de l'interface graphique de celui-ci sur celle de Windows, Microsoft a su complètement retourner la situation. En présentant Windows 95 comme le système à l'interface graphique révolutionnaire (3) et en utilisant une mise en scène parfaite dont Microsoft a le secret, la firme de Bill Gates a créé un battage médiatique sans précédent. Une des clés du succès des produits de Microsoft est que celui-ci arrive à très bien manipuler son public. Alors que le géant de Redmond a toujours clamé fournir les produits dont les utilisateurs ont besoin, il ne fait la plupart du temps que créer de toutes pièces le besoin. Un des atouts du géant du logiciel est en effet de faire croire aux utilisateurs que ses produits sont absolument nécessaires. Par exemple, plusieurs commerciaux d'une compagnie informatique demandèrent début 1997 à leur administrateur système d'acheter Office 97 "parce qu'ils en avaient besoin" - alors que le produit n'était pas encore commercialisé! Ces commerciaux auraient sans doute été bien incapables d'expliquer comment cette suite bureautique allait décupler leur productivité (le grand message d'Office 97), mais l'important ne se situe pas là: le fait est que le message de Redmond était passé au-delà de toute espérance. Néanmoins, il faut être honnête et reconnaître que Microsoft sait très bien rajouter certaines fonctionnalités qui, si elles ne sont aucunement révolutionnaires, font réellement plaisir à l'utilisateur (en dehors de toute manipulation marketing). En particulier, le géant de Redmond est un champion du fignolage et de l'intégration. Le numéro un du logiciel arrive ainsi à se démarquer de ses concurrents soit en proposant le détail qui fait la différence (face aux produits concurrents techniquement meilleurs), soit en étant plus persuasif (face aux produits concurrents fonctionnellement meilleurs). Savoir menotter ses partenaires potentielsLes rapports de Microsoft avec les autres entreprises sont clairs: être rachetée, être vassalisée ou mourir, tel est le destin des autres compagnies informatiques selon Bill Gates. Si nous allons voir plus loin comment le numéro un du logiciel essaye de tuer ses adversaires, comment arrive-t-il à vassaliser ses "partenaires" potentiels? C'est là où intervient une autres des ressources de Microsoft: savoir menotter ses partenaires. Sa technique est de placer ses vassaux potentiels dans une position qui rend le partenariat très bénéfique à court terme (lorsqu'il y a peu de partenaires) mais fortement négatif à long terme (quand tout le monde ou presque est partenaire). C'est ainsi qu'en proposant une substantielle réduction sur Windows à ses vendeurs OEM (4), Microsoft offre un avantage concurrentiels importants à ses partenaires. Par contre, chaque nouveau partenaire, s'il bénéficie des avantages du partenariat, diminue en même temps le bénéfice de tous les partenaires de Microsoft. Lorsque presque tout le monde est devenu un vendeur OEM de Microsoft, le numéro un du logiciel peut alors imposer les conditions qu'il veut. Car dés lors, toute compagnie qui romprait ses accords avec Redmond ne perdrait pas un avantage concurrentiel, elle subirait un désavantage concurrentiel. Ressource financièresFinalement, le géant de Redmond possède une ressource capitale dans tout secteur économique: le nerf de la guerre. A fur et à mesure de ses nombreux succès commerciaux, Microsoft a amassé un trésor de guerre considérable, trésor qui grandit chaque jour d'avantage. C'est grâce à ces moyens financiers importants que le numéro un du logiciel peut se permettre de passer autant de pages de publicités dans tous types de journaux de par le monde. C'est grâce à son compte en banque que la firme de Bill Gates a pu se payer une campagne marketing planétaire pour le lancement de Windows 95. C'est toujours grâce à ses ressources financières qu'elle a pu se lancer dans une campagne de rachat massif de start-ups et d'investissements en tout genre. (1) d'autant plus qu'il n'est pas prouvé que ce que Microsoft appelle un excellent programmeur en est réellement un. (2) devoir être d'une stabilité à toute épreuve tout en fournissant DirectX (qui permet aux jeux d'aller plus vite en accédant directement le matériel). (3) pour laquelle avaient été soi-disant investis des millions en recherche et développement. (4) Other Equimpent Manufacturer: ici, les constructeurs/assembleurs de PC qui préinstallent Windows en standard sur leurs machines. |