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A l'intérieur de MicrosoftCultureLaurent POULAIN |
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Culture |
La culture d'une entreprise est ce qu'elle aime.
Qu'aime-t-elle faire? Qu'est-ce qui l'attire ou la
rebute? Quels sont ses traits de caractère, qu'ils
soient forces ou faiblesses, bons ou mauvais?
Une culture de l'argentMicrosoft possède une particularité très rare dans le monde de l'informatique: Microsoft a la culture de l'argent. Le géant de Redmond ne vend pas du logiciel, il se fait de l'argent - en vendant du logiciel. C'est ce qui fait la différence entre des compagnies comme Sun. En effet, si la firme de Scott McNealy ne s'intéresse pas à d'autres marchés que son secteur traditionnel, c'est plus par un manque de désir de changer que par une incapacité matérielle. Sun construit des ordinateurs parce que c'est ce qu'il lui plaît, c'est un constructeur de matériel dans l'âme. Si cette culture a ses avantages dans la mesure où Sun arrive à produire des machines bien moins chères que ses concurrents (1), elle a également ses inconvénients lorsque le marché évolue (voir le PC, tueur de constructeurs d'ordinateurs). A l'inverse, Microsoft n'étant moralement attaché à aucun secteur économique, il est prêt à investir dans n'importe quel marché qui lui semble porteur. C'est ainsi que le géant de Redmond s'est mis à investir dans des marchés très éloignés de don secteur historique, telles que le contenu ou les télécoms. Cette culture n'est pas forcément une des plus idiotes ni des plus honteuses. Par définition, être en bonne santé pour une entreprise consiste à avoir un bon compte en banque. Dans ces conditions, avoir une culture de l'argent est l'une des meilleures stratégies, à quelques exceptions près. Outre les problèmes de non-spécificité que cela engendre, l'appétit féroce du numéro un du logiciel risque de lui attirer les foudres des géants des marchés où il désire s'implanter. En effet, pour peu qu'ils aient un peu de mémoire et se rappelle de l'alliance IBM / Microsoft, ils n'auront pas intérêt à voir Microsoft s'installer sur leur marché - même si dans un premier temps il leur propose un partenariat équitable. Une ténacité hors pairUne des forces historiques de la firme de Redmond est sa persévérance admirable. En effet, Microsoft a toujours imposé ses produits du fait de son acharnement et de sa ténacité. Avant de conquérir un marché, le numéro un du logiciel a bien souvent essuyé deux ou trois cuisantes défaites. Un exemple est celui du logiciel vedette de Microsoft: Windows. Lancé en 1985, Windows 1.0 fut un flop, ainsi que Windows 2.0. Windows 3.0 commença à remporter l'adhésion et Windows 3.1 rencontra le succès qu'on lui connaît (ne parlons pas de Windows 95). Mais le géant de Redmond persévéra, encore et encore, pour arriver à ce résultat. Quand un produit ne marche pas, Microsoft sort une nouvelle version en l'améliorant du mieux possible, jusqu'à rencontrer le succès. C'est de cette manière que le numéro un du logiciel a réussi à rencontrer le succès avec Windows, OLE, Internet Explorer, et bien d'autres produits. La règle générale est de ne jamais abandonner un produit. Même boiteux, un produit ou une technologie ne seront jamais abandonnés totalement par Microsoft qui les replacera à la première occasion (après un lifting dans la plupart du temps). La persévérance est sans doute la principale qualité qui amena Bill Gates là où il est (qu'on soit pro ou anti-Microsoft, on ne peut pas appeler cela un défaut). Devenir le numéro un, par n'importe quel moyenEtre numéro deux n'est pas suffisant pour Bill Gates. Dès qu'il s'attaque à un nouveau marché il y met toutes ses forces afin de ne pas rester longtemps challenger. Une des méthodes de Microsoft pour y arriver est de freiner ses concurrents, et pas toujours d'une manière très loyale ni légale. En effet, le géant de Redmond est connu par la justice américaine pour de nombreuses actions illégales:
Comme on le voit, le géant de Redmond ne s'est pas privé pour faire de nombreuses actions illégales, et la justice américaine se penche régulièrement sur les pratiques de ventes de la firme de Bill Gates. Plus récemment, la tactique du géant de Redmond (tout à fait légale, cette fois) consiste à proposer une licence OEM (2) un peu spéciale aux vendeurs de PC. Contre une baisse du prix de licence, les vendeurs de PC peuvent installer en standard Windows. Par contre, ils doivent impérativement livrer Windows avec chaque PC qu'ils vendent. Une manière comme une autre d'écarter la concurrence. Microsoft et les autres entreprisesL'attitude du géant de Redmond face aux autres entreprises, si elle est toujours constante, dépend du type de société rencontrée. Ainsi,
Le dernier point est une des caractéristiques importantes de la firme de Bill Gates: il est très difficile de traiter d'égal à égal avec le numéro un du logiciel. Ceci est certainement dû à ce que j'appellerai le syndrome IBM. Il n'y a pas si longtemps, Microsoft est passé du rang de fidèle lieutenant du tyran d'alors (à savoir IBM) au rang de tyran à la place du tyran. Quand on succède à un dictateur et que l'on est un tant soit peu intelligent (et Dieu sait qu'il y a des personnes intelligentes au sein de Microsoft), la première chose que l'on fait est d'analyser les erreurs de son prédécesseur afin de ne pas les reproduire. Et les erreurs d'IBM ont été de ne pas avoir su garder sous sa coupe ses lieutenants, et - faute encore plus grave - d'avoir laissé entre leurs mains des technologies-clés (à savoir le système d'exploitation et le processeur). Dans ses conditions, on comprend mieux l'attitude de Microsoft vis-à-vis des autres sociétés: il faut les vassaliser afin de mieux les contrôler. En on comprend d'autant mieux la haine envers Netscape: il n'est pas question de laisser une technologie-clé dans les mains de quelqu'un d'autre. Alors qu'il aurait été si facile de vassaliser Netscape (qui n'attendait que ca), il vaut mieux le couler aujourd'hui afin d'éviter qu'il ne devienne un danger demain. De même que Louis XIV contrôla les membres de sa cour (qui représentaient plus une menace pour lui que le peuple) en les apprivoisant à coups de privilèges, Bill Gates apprivoise le monde de l'informatique (qui représente un danger potentiel, alors que pour ce qui est de l'utilisateur final, Microsoft sait comment s'y prendre) en lui vendant ses privilèges sous forme de labels estampillés Microsoft: licences OEM, logos "Optimisé pour Windows 95", "Microsoft Solution Provider" et autres certifications "Microsoft Certified Professional". Il y a un label pour chaque catégorie du monde informatique, du développeur au constructeur d'ordinateurs. En plus de se faire de l'argent rien que de cette manière, le géant de Redmond durcit petit à petit les conditions pour garder ces privilèges. Ainsi, les licences OEM sont de plus en plus contraignantes, le logo "Microsoft Solution Provider" réclame maintenant un certain nombre de personnes agrées MCP, on empêche les développeurs d'étudier des technologies concurrentes en sortant toujours plus de nouvelles normes et d'APIs, etc... De fieffés menteursUne des manies les plus agaçantes du géant de Redmond est celle de constamment mentir au public. A croire que ce sont des menteurs invétérés. Quand une compagnie vante son produit sur la base d'arguments subjectifs tels que "révolutionnaire", "qui va faire exploser la productivité", etc... cela s'appelle du marketing. Mais quand elle commence à mentir sur des faits indiscutables tels que des spécifications techniques, cela s'appelle bel et bien du mensonge. Quand Microsoft présenta Windows 95, il le présenta comme "n'ayant plus aucun lien avec MS-DOS". Au dire du géant de Redmond, Windows 95 était complètement réécrit et ne faisait qu'émuler MS-DOS. Lorsque, l'année suivante, des voix s'élevèrent pour dire que Windows 95 était bel et bien une surcouche de MS-DOS et que Microsoft leur avait menti, l'excuse du numéro un du logiciel fut que "sinon, les gens ne l'auraient pas acheté". Trouverait-on normal que quelqu'un vende une 2 CV recarrossée en Testarossa en la vendant pour une véritable Ferrari pour prétexte que "sinon, personne ne voudrait l'acheter" ? Autre exemple, la faible différence entre Windows NT Workstation et Windows NT Server. Il s'est avéré que les deux produits, bien qu'ayant des prix fort différents, sont quasiment les même. C'est Windows NT qui, au moment du démarrage, détermine s'il est un une version Workstation ou Server et prend un comportement différent amenant à des performances différentes. Dans cette affaire, le géant de Redmond n'est pas condamnable du point de vue technique. Après tout, une licence mono ou multipostes se base bien exactement sur le même logiciel. Ce qui est par contre condamnable est que le géant de Redmond fasse croire que les produits ne sont pas les mêmes. Le numéro un du logiciel fait croire qu'en vendant Windows NT Server plutôt que Windows NT Workstation, il vend un produit différent alors qu'en fait il ne vend qu'une licence différente. Dans ces deux cas, Microsoft ne joue pas franc jeu avec ses clients et cache sous des mensonges techniques une stratégie de licence dont il semble avoir honte de dévoiler au grand jour. Le marché visé: le marché de masseLa firme de Bill Gates a toujours traditionnellement cherché à s'imposer sur le marché de masse plutôt que le marché de luxe. Cela a commencé avec MS-Basic, et cela continue à une autre échelle avec Windows NT attaquant les serveurs Unix par l'entrée de gamme. Microsoft cherche également à faire payer continuellement ses clients plutôt que de les faire payer une bonne fois pour toute. En effet, le géant de Redmond peu difficilement étendre son territoire actuel, possédant déjà un quasi-monopole du poste client. Pour grandir, il n'a que deux solutions: se trouver de nouveaux clients en s'attaquant à de nouveaux marchés ou refaire payer ses clients actuels. En toute logique, l'éditeur a décidé de faire les deux. Ainsi, en plus de s'attaquer au marché du serveur et plus généralement à tout ce qui tourne autour d'Internet, Microsoft affectionne particulièrement ces temps-ci les modes de paiement par "abonnement" et autres formes de paiement continuel. Par exemple, l'abonnement à MSDN (Microsoft Developer Network) permet de recevoir pendant un an toutes les versions des systèmes d'exploitation de l'éditeur. Dans un autre secteur, le numéro un du logiciel a proposé à VISA une association, sa solution de commerce électronique à la main, avec en contrepartie un pourcentage sur les ventes effectuées sur le Web. Enfin, Microsoft est en passe de faire payer une sorte d'impôt sur chaque PC vendu. En effet, lorsqu'on achète un PC à une grande marque, on a toutes les chances de payer également une licence de Windows [95 ou NT] (et parfois même d'Office), que l'on possède déjà Windows ou pas. (1) Par rapport aux autres vendeurs de machines Unix, Sun ne fait non pas les meilleures machines ni les plus robustes. Par contre, il est arrivé à descendre les coûts de fabrication de telle sorte que cela lui donne un avantage certain sur la concurrence. (2) OEM (Other Equimpent Manufacturer): un produit vendu en OEM est un produit vendu par une compagnie tierce. Dans le cas de Microsoft, un produit OEM est un produit Microsoft vendu pré-installé avec un PC. (3) API (Application Programmation Interface): ensemble de fonctions permettant la programmation d'une technologie. Dans ce cas, il s'agit des fonctions qu'utilisent les programmes Windows pour utiliser cet environnement. |