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Le retour du service bureauou la prochaine forme de l'informatique professionnelle grâce et à cause de l'Internet |
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Il est absurde que les entreprises
développent autant d'applications pour leur propre
usage
L'histoire et l'évolution du développement d'applications en entreprises ressemble à un mouvement de va et vient perpétuel Mais cette fois, il semble bien que l'on soit à la veille d'un coup de pendule plus fort que les précédents! Je prédis que la généralisation de l'usage professionnel de l'Internet va provoquer le retour en force de la notion de service bureau et donc impacter sévèrement le marché du développement d'applications en entreprises. Tout ceci à moyenne échéance, mettons cinq ans. Pour comprendre comment ce bouleversement radical va se dérouler, il faut détailler les ressorts qui ont rendu possible un tel tournant Retour sur 30 ans d'évolution de l'informatique professionnelleAu début de l'informatique professionnelle, les choses étaient simples, les constructeurs ne proposaient pas des solutions prêtes à l'emploi mais plutôt des briques technologiques qu'il fallait assembler soi-même. Ce n'est pas par plaisir que les entreprises ont embauché des armées de programmeurs afin de développer leurs applications de gestion en Cobol mais bien parce qu'il n'y avait pas d'alternative. Une époque doréePour les directeurs informatiques, ce temps là est synonyme d'un âge d'or à jamais révolue : le travail était passionnant car il fallait sans cesse défricher des terres vierges (et passer du batch au télétraitement a été vraiment une aventure épique pour beaucoup) et ils tenaient un pouvoir considérable dans leurs mains puisque les directions générales, qui n'y comprenaient rien, signaient des chèques en blanc sans trop discuter! Pour l'informaticien de base aussi il s'agissait bien d'une époque dorée : la main d'uvre qualifiée était rare à l'époque et les négociations salariales étaient tout à l'avantage des développeurs. Quant aux sociétés de services, là encore, la période était propice aux croissances spectaculaires sans faire plus d'effort que de gérer des collaborateurs délégués en régie chez le client. La fin du house programming?Mais, même les meilleures choses ont une fin et l'épisode du "house programming" touche désormais à sa fin. Premier signe concret du changement d'époque : le succès des grands progiciels. Reprenons le cours de notre évolution de l'informatique professionnelle. A la suite des grands systèmes où il fallait tout programmer à la main, on a vu apparaître les mini-ordinateurs et, cette fois, une offre d'applications toutes faites les accompagnaient. C'était logique, alors que les mainframes avaient été adoptés en masse par les grands comptes, les minis étaient plutôt destinés aux PME qui n'avaient pas les moyens de s'embarquer dans les arcanes d'un développement sur-mesure. Mais les progiciels ne sont pas rester confinés dans cette niche et les grands programmes intégrés (ce qu'on appelle les ERP pour enterprise ressources planning) ont fini par conquérir l'esprit des responsables des grandes entreprises. L'informatique, ressource stratégique?Alors qu'on avait entendu depuis toujours les directeurs informatiques rabâcher que "il était stratégique de développer soi-même ses propres applications afin de disposer d'un levier pour se différencier de la concurrence ", voilà que le discours commençait à changer Pourquoi avez-vous fait le choix de SAP R/3 (ou d'un autre ERP en vue), vous qui, il n'y a pas si longtemps, faisiez l'apologie du fait maison? "La conception des applications comme outil stratégique est dépassée, ce qui importe, c'est plutôt comment on s'en sert, ce sont les hommes qui font la différence C'est pourquoi nous avons aligné notre choix d'ERP sur celui de notre principal concurrent, afin de ne pas subir de handicap à ce niveau." Merci pour cette réponse très claire cher Monsieur. Ce revirement illustre aussi l'étendue des désastres commis au nom de la prétendu supériorité du fait maison. En fait d'avantage stratégique, l'armée de programmeurs Cobol avec à sa tête un DI-Baron tout-puissant, s'est révélé être un épineux problème social qu'il vaut mieux employer à développer des applications plutôt que de la laisser [l'armée] l'arme au pied Fin des chèques en blancMais le développement d'applications étant un art difficile, les directions générales se sont lassées des projets annulés ou incomplets et de la grogne des utilisateurs. Finis les chèques en blanc, au lieu de développer à la main une énième version de notre gestion financière, vous allez me prendre une des ces applications sur étagère dont j'ai lu le plus grand bien dans "Les échos" (en fait, ce sont plutôt les résultats financiers d'un SAP ou d'un Baan qui a lu des ans "Les échos" qui ont impressionné le directeur général qui s'adresse ainsi à son directeur informatique). En réalité, les "applications sur étagères" réclament beaucoup d'efforts d'intégration et de paramétrages et le déploiement d'un SAP ou d'un autre a bien souvent coûté tout aussi cher que le développement projet fait maison (mais avec tout de même un avantage net en qualité pour le progiciel) Mais qu'importe, le pli est pris et la tendance à reporter ses moyens vers les progiciels et tout aussi significatives que celle en faveur de l'externalisation des services informatiques. Et cette notion de "service bureau"?Au moment où le mainframe représentait le seul recours possible, les ressources de ce type de machines étaient rares et chères. Il convenait donc de les économiser (d'où les "optimisations" d'écriture des programmes aux conséquences malheureuses sur la maintenance ) et de les employer au mieux (les équipes informatiques travaillaient en 3x8 pour occuper la bête en permanence). Ceux qui n'avaient pas les moyens d'acquérir ou de louer un de ces monstres pour leur propre usage pouvaient toujours s'adresser à des prestataires spécialisés qui proposaient de la "puissance informatique mutualisée". Ce type de prestataire avait dans ses locaux un grand système IBM ou Bull où il pouvait héberger vos applications qui côtoyaient alors celles d'autres clients. Ce type d'offre appelée communément "service bureau" est rester encore vivace pour certains domaines comme la gestion de la paye. La tornade PCBon, la situation a quand même pas mal évoluée depuis le temps des pionniers. La vague PC est passée par-là et on en ressent encore aujourd'hui les effets. Le PC n'est pas resté longtemps cantonné à VisiCalc et à WordPerfect, le PC c'est aujourd'hui aussi les serveurs multiprocesseurs sous Windows NT ou Unix. Le PC a été le principal vecteur du client-serveur et des systèmes ouverts, bien plus que les mini-ordinateurs, c'est bien le PC qui a commencé à rendre possible les environnements distribués. Mais, au lieu de simplifier le contexte raide du mainframe, les environnements répartis ont multiplié la complexité et les besoins d'administration. Le Web réactive la pratique de l'hébergementC'est la télématique qui a ravivé la pratique de l'hébergement d'applications et/ou de serveurs. Hier pour le Minitel, aujourd'hui pour le Web, il est fréquent que de voir les entreprises confier les applications à connotation communication à un intervenant spécialisé qui rassemble et mutualise des moyens important, surtout dans le délicat domaine des réseaux. Dans le vaste monde de l'Internet, il y a une catégorie d'acteurs indispensables, il s'agit évidemment des fournisseurs d'accès surnommés les ISP (pour Internet Services Provider). Jusqu'à présent, les ISP se contentaient de vous ouvrir les portes de l'Internet en vous louant une partie de leur bande passante vers le réseau des réseaux. La plupart du temps, c'est également eux qui vous attribuent une adresse email et gère votre boite aux lettres. Les ISP poussés vers la valeur ajoutéeTout va plus vite sur l'Internet et les ISP n'ont guère eu le temps de jouir de leur situation pivot. C'est que la concurrence est rude et on ne peut plus se contenter des services de base si on veut continuer à faire payer les clients. La montée en puissance des sites spécialisés offrant un compte email gratuit (comme HotMail, 8 Millions d'abonnés, dernièrement racheté par Microsoft pour renforcer MSN) ou même l'hébergement de site Web gratuit (comme Geocities) poussent les ISP traditionnels vers les services à valeur ajoutée ou la porte de sortie Les ISP qui veulent survivre vont donc se concentrer sur la clientèle professionnelle (la seule prête à payer pour de véritables services) et vont donc forcément devenir des "Intranet Services Provider" avec tout un éventail de d'applications allant de la collaboration de groupe jusqu'à la galerie marchande. Les ERP convergent sur le WebEn dépit de leur incontestable succès, les grands progiciels comme SAP, Baan, PeopleSoft ou Oracle Application ont des soucis. On leur reproche leurs coûts de déploiement ce qui est gênant quand on se rappelle que les ERP sont considérés comme des alternatives à la complexité d'un développement fait maison. On a déjà vu que ces grandes applications réclamaient de toute façon un effort d'intégration et de paramétrage conséquent. Et une fois franchie cette étape, reste encore à mettre l'application dans les mains des utilisateurs et c'est là que l'on s'aperçoit que déployer un outil client riche sur des centaines de postes utilisateurs n'est pas une mince affaire Pour adresser ce sujet, les éditeurs spécialisés ont une réponse toute trouvée : utilisez notre interface Web! Bien évidemment, dans certain cas on aura encore besoin d'un outil reposant sur une interface plus élaborée que celle du Web et proposant des fonctions évoluées de mise en forme graphique. Seulement ce besoin risque de relever de la loi des 80/20, avec 80% en faveur des navigateurs Web. De plus, ce type de solution favorise des usages décentralisés où le serveur d'ERP n'a pas besoin d'être proche des utilisateurs qui le manipulent puisque l'interface Web permet de mettre en uvre un client-serveur de présentation simple et qui se contente d'une infrastructure réseau raisonnable, et même pourquoi pas de l'Internet Certains éditeurs y pensent aussiCette idée d'offrir des services à
valeur ajoutée à travers l'Internet
préoccupent les principaux éditeurs de
logiciels. Lotus propose des versions Quelques clients expérimententA l'occasion d'une évolution vers l'Intranet, les clients découvrent les charmes d'une messagerie électronique standard et trouve bien pratique de pouvoir laisser le serveur de messagerie chez le prestataire qui fournit l'accès Internet Si celui-ci a bien fait les choses, nos utilisateurs disposent même d'outils leur permettant de gérer les comptes emails, d'en créer, etc. Cela aussi, c'est une forme d'externalisation, progressive, parcellaire mais bien réelle. Les ISP et les ERP, une combinaison explosive!On pourra dire après coup que tout a commencé par la messagerie, s'est poursuivie par le groupware et a été conclue par les ERP En effet, je parie que dès 98 on verra apparaître une offre d'ERP accessible depuis l'Internet et le tout offert par un ISP qui cherche sa voie dans la valeur ajoutée. Et une fois de plus on retrouve cette combinaison explosive que représente de véritables applications accessibles depuis l'Internet. N'oublions pas dans cette combinaison le rôle joué par la disponibilité massive d'une interface cliente standard (le navigateur Web) qui efface l'obstacle du déploiement de la partie cliente des applications. Une évolution des murs lente mais inéluctableUne fois que nous serons habitués à ce type d'offre, on se rendra compte que l'arsenal des moyens mis à disposition de façons simple (grâce à l'omniprésence du navigateur Web et à la généralisation du raccordement à l'Internet) sera un courant puissant vers l'externalisation des ressources informatiques des entreprises. Grâce aux ERP sur le Web, plus besoin d'entretenir une armée de développeurs et des bataillons d'administrateurs systèmes. Même les "hommes réseaux" pourront être délégués par les prestataires spécialisés qui ne se priveront pas de proposer cette option dans leur offre Bien sûr, tout cela prendra du temps, ne serais-ce que pour la généralisation du raccordement à l'Internet en Europe et pour l'amélioration nécessaire de la fiabilité du réseau des réseaux. Les éditeurs d'outils: comme les lemmings!Et pendant ce temps, que font les éditeurs spécialisés dans les outils de développement d'applications pour les entreprises? Ces éditeurs sont comme ces lemmings qui se précipitent tous ensemble dans le lac qui va les noyer, incapable de se rendre compte que leur marché est en train de leur glisser entre les doigts s'ils ne répondent pas rapidement au besoin impérieux de simplicité. Il suffit d'observer l'évolution des salons professionnels pour comprendre que ce sont les PME qui représentent désormais le principal gisement de croissance du marché. En effet, ce sont ces dernières qu'il faut désormais équiper en applications informatiques au-delà d'un Microsoft Office sur un réseau local. Et d'après vous, quel va être le choix de ce segment de clientèle? Certainement pas des solutions sur-mesure qu'il faut développer soi-même à l'aide d'outils sophistiqués. Les éditeurs devraient donc réorienter leurs efforts dans le sens de la facilité de mise en place de solution prêtes à l'emploi. Sinon, il ne faudra pas se plaindre que même un Baan laissera sur place un Sybase/Powersoft Au lieu de cela, que constate-t-on? Un engouement déraisonnable pour des approches techniciennes de type Corba qui n'est qu'un énième remake de l'utopie du middleware idéal, dérisoire. Car, au lieu de concentrer leurs moyens à proposer des environnements-simples-mais-qui-marchent, ils sont toujours à la recherche de "la balle magique", de la solution ultra sophistiquée qui saura répondre aux exigences de leurs clients haut de gamme qui va forcément se raréfier. Attention, tournantÉvidemment, le développement spécifique et les systèmes chez l'utilisateur ne vont pas disparaître complètement mais imaginez seulement qu'une partie de ce que j'annonce se réalise dans les cinq ans qui viennent et que l'Internet et ses services aient un impact significatif sur les pratiques et usages informatiques. Faites cet effort d'imagination aujourd'hui car si vous êtes un professionnel de l'informatique, vous êtes concerné. |