Acteurs et Alliances des Futures Autoroutes de l'Information (Carte de ce dossier)

Les Opérateurs Télécom

Le paysage télécom français


Retour au Sommaire "S'il n'y avait pas de régulateur comme l'ART, il n'y aurait pas de concurrence, car France Télécom aurait les moyens d'écraser tout le monde et d'empêcher les plus petits d'entrer sur le marché."

Claude Olier, directeur général de Colt Télécom France

Le paysage télécom français est commun à beaucoup de pays Européens: un ex-monopole devant faire face à une dérégulation du marché et à de nombreux nouveaux venus, le tout sous la surveillance de l'ART (Autorité de Régulation des Télécommunications). Mais France Télécom possède encore une confortable avance sur ses concurrents. En effet, il possède de loin le plus gros réseau, et en particulier possède un quasi-monopole sur le réseau local. Fin 1998, la concurrence n'avait rogné que 3 à 5% du marché des longues distances, et moins de 1% du marché des communications locales.

Les principaux concurrents

Si le particulier ne connaît qu'une poignée d'opérateurs télécoms, il existe de très nombreux telcos en France - la plupart ne traitant qu'avec des entreprises ou d'autres opérateurs. Les différents types de telcos sont:

  • des compagnies provenant d'autres pans de l'industrie, fermement décidés à s'attaquer à ce marché en pleine expansion et possédant les capitaux pour réussir (Vivendi, Bouygues, Suez Lyonnaise des Eaux),
  • des compagnies possédant des infrastructures télécom qu'elles peuvent utiliser à des fins téléphoniques (SNCF, Eurotunnel, etc.). Les activités télécom de ces compagnies sont généralement inconnues du grand public car elles ne traitent qu'avec les opérateurs télécoms,
  • des compagnies de service (Siris),
  • les collectivités locales qui désirent pouvoir déployer et gérer leur propre boucle locale. France Télécom a bien évidemment fait pression pour les empêcher, mais l'Assemblée Nationale a adopté en juin 1999 un article de loi permettant aux collectivités locales de développer un réseau en fibre optique noire (non activée). Les restrictions sont cependant de taille et les conditions pour qu'une collectivité ait le feu vert sont nombreuses. Un certain nombre de dérapages possibles demeurent (*).

Certains piliers de la grande distribution tels que Carrefour sont également entrés dans la danse, apportant leur contact client privilégié. C'est ainsi que France Télécom a passé un accord avec le groupe Cofinoga (crédit à la consommation).

Devant le déluge de demandes de préfixes (il y avait 7 demandes pour les 2 derniers préfixes disponibles), l'ART a tranché en éliminant certaines demandes qui "ne répondent pas à l’ensemble des critères fixés". Voici la liste des opérateurs ayant réussi à obtenir un préfixe:

France Télécom

(Préfixe 8)

Avec son réseau national, France Télécom est bien évidemment le plus gros opérateur de l'hexagone - et risque de le rester pendant encore bien longtemps.

Dans le domaine du portail/contenant,

  • France Télécom propose son offre en ligne Wanadoo qui a récupéré les abonnés de MSN en France,
  • l'opérateur national a récemment racheté le fournisseur Internet Oléane,
  • il détient des parts dans TPS (avec TF1, M6, France Télévision et Suez Lyonnaise des Eaux)
Cégétel

(Préfixe 7)

Détenue à 44% par Vivendi, 26% par BT, 15% par SBC Communications et 15% par Mannesmann AG, Cégétel s'affiche comme le challenger de France Télécom. Cégétel a passé un accord avec la SNCF afin de pouvoir exploiter le réseau en fibres optique de ce dernier.

En dehors des télécom:

  • Cégétel s'est rapproché d'America Online France, et commercialise maintenant les offres, AOL comprenant maintenant les abonnés d'Havas Online, Havas étant détenu par Vivendi,
  • Dans le domaine du contenant, Vivendi possède Canal+ et le bouquet numérique Canal Satellite.
9 Télécom

(Préfixe 9)

Détenu de plus en plus majoritairement par Telecom Italia et de moins en moins par Bouygues (qui se recentre sur la téléphonie cellulaire avec sa filiale Bouygues Télécom), 9 Télécom propose des offres allant du particulier à l'entreprise. L'opérateur manque cependant cruellement de partenaire et de réseau longue distance.

Dans le domaine du portail/contenant,

Dans le domaine du contenu,

  • il détient TF1 et LCI,
  • TPS consacre 50% de ses investissements à la création de chaînes de télévision.

A noter que le groupe Bouygues est lié à l'opérateur public par TPS, même si France Télécom et Bouygues Télécom sont concurrents.

Omnicom

(Préfixe 5)

Principalement orienté PME/PMI, l'opérateur vise également quelques "niches résidentielles" (professions libérales, ...)
Siris

(Préfixe 2)

Anciennement créée par AT&T et Unisource, Siris a été récemment revendu à Deutsche Telekom. Siris est spécialisé dans les services et ne possède pas de réseau propre.
Tele 2

(Préfixe 4)

Filiale du groupe suédois Kinnevick et de Cable & Wireless.
Esprit Telecom

(Préfixe 6)

 

Interconnexion

Centre de toutes les discordes: les prix d'interconnexion que France Télécom facture à ses concurrents pour utiliser son réseau. Si l'ART a forcé France Télécom à baisser ses tarifs (de 14% en moyenne), les coûts d'interconnexion représentent néanmoins 30 à 50% du coût total des communications fixes supportés par la concurrence.

La concurrence attend le fameux dégroupage. Le dégroupage imposera en effet à France Télécom de sous-louer son réseau local à la concurrence lorsque celle-ci le demandera. Le problème est que le dossier du dégroupage n'est pas simple, car il faut surmonter de nombreux obstacles de type techniques et juridiques... sans compter l'absence totale de coopération de France Télécom, qui n'a bien évidemment aucun intérêt à faciliter les choses. Le gouvernement s'est cependant fixé pour but de faire que le dégroupage soit une réalité le 1er janvier 2001.

En attendant, l'opérateur national a repris d'une main ce qu'il avait donné de l'autre en augmentant le coût d'interconnexion entre un réseau cellulaire et son réseau fixe. Jusqu'alors, les opérateurs cellulaires concurrents passaient en effet par l'international où les coûts international / mobile n'étaient pas trop élevés. Cela permettait à certains opérateurs de proposer des prix de moins de 1 F HT / min, là où France Télécom propose 2,46 F HT / min. Mais l'ex-monopole a décidé de taxer lourdement les appels en provenance de l'international vers les mobiles. C'est un rude coup porté à la concurrence, les appels fixe / mobile représentant pour tout le monde un marché aux confortables marges.

Le mot que la concurrence de France Télécom attend est le dégroupage.

La boucle locale

Plusieurs opérateurs ont commencé à déployer leur propre boucle locale en marge du réseau local de France Télécom. Car si l'ART planche sur le dossier du dégroupage depuis maintenant longtemps (qui permettrait aux opérateurs concurrents de louer le dernier kilomètre de câble vers l'abonné), rien n'est imposé à l'opérateur historique qui facture à ses concurrents des gros coûts d'interconnexion. Installer sa propre boucle locale permet à la concurrence de proposer des appels cellulaires, longues distances ou international sans passer par France Télécom.

Mais le particulier n'est pas prêt de bénéficier de ces offres. Les investissements étants conséquents, les opérateurs s'adressent uniquement aux entreprises ayant une grosse facture téléphonique, et ce sur les emplacements géographiques les plus rentables. Completel par exemple affirme que le raccordement d'une entreprise à la facture de moins de 50.000 FF n'est pas viable. Cégétel, quant à elle, ne vise que les entreprises ayant une facture de 200.000 FF ou plus. Les différents opérateurs ayant commencé à déployer leur propre boucle locale sont:

MCI WorldCom Paris & RP, Lille, Lyon, Marseille, Strasbourg
Colt Paris & RP, Lille, Lyon, Marseille
Cégétel Paris + RP, Lille, Lyon
Completel Paris, Lyon
Estel Strasbourg
Level3 Paris & RP
Belgacom Lille

La boucle locale radio

Une solution alternative à la pose de boucle locale et bien moins coûteuse reste la boucle locale radio, où un opérateur utilise ses bornes cellulaires pour franchir le dernier kilomètre. L'ART a autorisé plusieurs opérateurs à effectuer des expérimentations. Celles-ci dureront cependant longtemps, et le particulier n'est pas prêt bénéficier des bienfaits de cette technologie.

Téléphonie par le câble

Plusieurs opérateurs ont bien essayé de fournir des services de communications ou d'accès à Internet par le biais des réseaux câblés, mais ils se sont heurtés à France Télécom qui possède une grande partie de ces réseaux. Résultat: très peu de clients sur ce marché à l'heure actuelle. Suez Lyonnaise et France Télécom ont fini par trouver un accord, et on créé une joint-venture détenue à 50,1% / 49,9%. L'opérateur historique compte se retirer progressivement du marché du câble, du fait des pertes de cette activités.

ADSL

France Télécom a été le premier opérateur en France à fournir une offre ADSL. La concurrence a cependant accusé l'opérateur historique de les empêcher de fournir une telle offre. A ce sujet, l'ART a sommé France Télécom d'ouvrir l'accès ADSL à la concurrence.


(*) L'arrivée des collectivités locales sur le marché des télécommunications pose de nombreux risques. Risque de dérapages financiers tout d'abord, les investissements étant ainsi financés par le contribuable. Risque de corruption, tout comme elle parfois lieu dans le domaine des eaux. Mais le plus gros danger est si les collectivités locales deviennent le seul opérateur local. La France se retrouverait alors dans le même cas de figure que les Etats-Unis avec de nombreux monopoles locaux. D'autant plus qu'ici ces monopole auraient le pouvoir législatif pour bloquer la concurrence.


Laurent Poulain - Les acteurs et alliances des futures Autoroutes de l'Information