Acteurs et Alliances des Futures Autoroutes de l'Information (Carte de ce dossier)

Les Opérateurs Télécom

Les différents types de telcos


Retour au Sommaire Il existe plusieurs types d'opérateurs télécom, correspondant aux différents secteurs qu'ils occupent. A ce titre, ils ne sont pas tous logés à la même enseigne et ont des avenir plus ou moins radieux. On peut distinguer cinq types de telcos:
  • les opérateurs locaux,
  • les opérateurs longue distance,
  • les [anciens] monopoles d'état,
  • les opérateurs sans fils,
  • les opérateurs internationaux.

Les opérateurs locaux

Les opérateurs locaux font partie des opérateurs dont l'avenir est le plus assuré. Qu'ils soient anciens monopoles d'état ou Baby Bells, ils possèdent le réseau local qui est le plus coûteux à construire. Car si câbler des milliers d'entreprises n'est pas de tout repos mais peut rapporter ses fruits, câbler des centaines de milliers de particuliers, bien plus dispersés et ayant de bien plus petites factures demande un investissement initial énorme.

Les opérateurs locaux arrivent même à gagner de l'argent avec Internet. Alors que les internautes peuvent éviter les opérateurs internationaux en utilisant la téléphonie Internet (peu pratique mais qui marche), ils doivent bel et bien payer leur accès au réseau des réseaux à l'opérateur local. Sans compter les secondes lignes dédiées à cet usage que bon nombre d'internautes se font installer.


Les opérateurs longue distance

A l'opposé des opérateurs locaux on trouve les opérateurs longues distances pour qui la vie n'est pas toujours facile. Aux Etats-Unis, la guerre fait rage entre les différents opérateurs pour se prendre des parts du marché. En Europe, les opérateurs longues distances concurrents des anciens monopoles doivent encaisser les coûts d'interconnexions qu'ils doivent payer pour pouvoir utiliser le réseau local national.


Les [anciens] monopoles d'état

 Les temps changent et le monopole d'hier doit maintenant composer avec de nouveau venus, que ca lui chante ou non. Mais le sort de ces anciens monopoles n'est pas à plaindre. En effet, il ne sera pas si facile de les déloger car un ex-monopole conserve des atouts précieux dans ses manches:

  • son réseau est déjà rentabilisé et les nombreuses années de monopoles lui ont même souvent permit de se construire un réseau à la pointe,
  • il possède beaucoup de liquidités pour avoir exploité une population entière sans l'ombre d'un souci,
  • il a de très bonnes relations avec le gouvernement, et particulièrement avec le ministère des télécommunications, ce qui lui donne un bras très long pour mettre des bâtons dans les roues de ses concurrents.

Face à lui, le nouvel opérateur se trouve devant un cruel dilemme: utiliser le réseau de l'ex-monopole mais de ce fait faire baisser sa compétitivité, ou créer un nouveau réseau, ce qui demande un investissement énorme.

La seule faiblesse des monopoles est leurs gros coûts de fonctionnement et leur lourdeur. Difficile de savoir ce que "compétitivité" veut dire après tant d'années d'insouciances.


Les opérateurs cellulaires

Le marché du cellulaire a littéralement explosé ces dernières années (plus de la moitié des nouveaux téléphones sont sans fil). Et le marché reste encore à explorer. Fait à priori étonnant, les Etats-Unis sont en retard par rapport au reste du monde. Cela s'explique par plusieurs raisons:

  • le vieux réseau analogique américain facilite la fraude,
  • il n'existe pas de réseau véritablement national. Seulement un amas d'opérateurs disparates,
  • les tarifications spéciales aux Etats-Unis (celui qui reçoit l'appel paye également) ont refroidi beaucoup de clients potentiels,
  • par rapport aux communications locales américaines (25 cents pour une durée illimitée), les communications sans-fil coûtent fort cher.

L'énorme avantage du marché du cellulaire est qu'il nécessite beaucoup moins d'investissement qu'un réseau traditionnel (il ne faut que relier les différentes bornes) et permet encore des marges confortables.


Les opérateurs internationaux

De même que les opérateurs longues distances, les opérateurs internationaux pourraient avoir quelques soucis à se faire du fait des marges énormes des communications internationales (voir à ce sujet Evolution du secteur au chapitre Une baisse des prix). La baisse des prix des communications internationales - déjà imposée par des pratiques telles que le call back - a tout le risque de s'accentuer.

Dans ces conditions, les opérateurs internationaux risquent de voir leurs marges fondre s'ils n'arrivent pas à s'étendre suffisamment. Une bouffée d'oxygène provient cependant d'une demande massive de câbles, du fait d'Internet. Alors qu'il y a quelques années les telcos ne mettaient pas en service certains de leurs câbles pour garder les prix, à l'heure actuelle tout le monde loue tout ce qu'il peut.

Mais la demande de câblage ne va pas durer éternellement. C'est pourquoi les opérateurs internationaux ont tout intérêt à s'allier avec d'autres telcos afin d'être parmi les premiers à proposer un réseau mondial. Et dans cette bataille, ils partent avec un atout important: leur nom. Alors que tout le monde a entendu parlé d'AT&T, bien peu de monde connaît ne serait-ce que les opérateurs locaux américains (en dehors des Etats-Unis, bien entendu). Il leur est beaucoup plus facile de s'implanter dans des pays étrangers.

Les câbles sous-marins

AT&T possède une place prédominante dans le monde des télécommunications internationales. En effet, les réseaux internationaux modernes ont commencé à être installés après la seconde guerre mondiale par les seuls vainqueurs n'ayant pas eu de dégâts chez eux, à savoir les Etats-Unis. AT&T est très présent dans tout ce qui touche aux câbles sous-marins. De même, il a participé avec des grands noms de l'aéronautique à des essais de réseau ATM via satellite permettant de relier des navires à la terre ferme.

Même s'il a perdu de sa prédominance, AT&T n'en reste pas moins un acteur redoutable, et possède une grande influence sur les telcos des différents pays. Enfin, le géant des télécom fait partie des trois compagnies au monde avec Alcatel et KDD à posséder la technologie permettant de faire les câbles de fibre optique sous-marins. AT&T a cependant un défaut: comme toutes les compagnies habituées à de longues années de prédominance AT&T a tendance à manoeuvrer en solo.

Le japonais KDD, issu du géant NTT, est également très présent dans le monde des réseaux sous-marins. KDD est à l'origine de FLAG (Fiber-Optic Link Around the Globe), un réseau reliant l'Angleterre au Japon. L'originalité de FLAG vient du fait que c'est le premier réseau sous-marin entièrement privé. En effet, quand AT&T décide d'installer un nouveau réseau sous-marin, il "négocie" avec les telcos locaux concernés (en fait, il impose ses prix) qui financeront la partie du réseau longeant leurs côtes, et le loueront ensuite au prix qu'ils désirent. Avec FLAG, ces telcos n'apportent aucun investissement, ne prennent aucun risque (juste l'autorisation de pose des câbles) et loueront ensuite l'accès au réseau, leur permettant ainsi d'offrir de meilleurs services à leurs abonnés.

AT&T a bien évidemment appuyé de tout son poids pour faire échouer FLAG (de nombreux telcos locaux ont ainsi refusé de traiter avec FLAG). Cependant, quand il s'est aperçu qu'il ne pouvait empêcher celui-ci, il s'est "allié" avec en fournissant une partie des câbles et matériel, preuve qu'AT&T n'est pas trop borné (contrairement à Alcatel qui persiste à toujours être en solo).

Il est à noter que les divers réseaux sous-marins ont tous des accords permettant le re-routage sur un réseau concurrent en cas de panne.


Conclusion

Les opérateurs télécom, jusqu'alors sagement retranchés à l'intérieur de leur territoire, se livrent maintenant une guerre sans merci. Et comme dans toutes guerres, un des points stratégiques est la maîtrise des frontières. Pour les telcos, il s'agit de l'interconnexion des réseaux.

En effet, comme personne ne possède (et n'est près de posséder) un réseau mondial couvrant l'ensemble des destinations désirées par les clients, les opérateurs sont forcés de coopérer les uns les autres et interconnectants leurs réseaux. C'est d'ailleurs autour des questions d'interconnexions que les frictions sont les plus courantes: les technologies utilisées ne sont pas toujours compatibles, les deux parties pas toujours désireuses de coopérer et les risques de surfacturations et autres abus y sont élevés. Car celui qui y imposera ses conditions possède une longueur d'avance non négligeable.


Laurent Poulain - Les acteurs et alliances des futures Autoroutes de l'Information